On ne peut pas comparer le Burkina à la Suisse, car tout est tellement différent... Pourtant, je me livre souvent aux jeux des ressemblances et des différences. Sûrement parce qu'il est plus facile d'apréhender une réalité à partir de ce que l'on connaît, et il est difficile d'oublier nos références, difficile de se passer de nos habitudes et de nos idées. Donc je vous propose cet exercice, en essayant de creuser un peu plus loin, de dépasser le stade de la simple curiosité pour voir ce qu'il y a derrière.
Partons sur les ressemblances:
Dans les super-marchés, on trouve "exactement" le même produit qu'en Europe, car c'est le produit européen qui est venu, tel quel, une importation donc.
Mais au rang des importations, on trouve aussi des choses qui ne sont pas comme en Europe, par exemple les voitures usagées, les vieux ordis, les vieux habits, les vieux vélos (d'ailleurs appelés "Aurevoirfrance") ... Toutes ces choses que l'Europe ne veut plus, que l'on ne voudrait pas voir dans nos rues.
Deux catégories d'importations, donc, d'un côté le neuf, qui s'adresse à une population aisée, qui a les moyens et qui veut vivre "à l'Européenne". Et de l'autre le 2ème main, l'usagé, qui est destiné aux pauvres et à ceux qui ont peu de moyen. Une importation à 2 vitesses, qui montre un grand écart entre les gens.
Ensuite nous avons la copie et l'imitation. Bien entendu la copie de produits de marque, comme à beaucoup d'endroits. Mais ce qui m'intéresse plutôt, c'est l'imitation dans la manière d'être, dans les façons de s'habiller et de se comporter.
Qu'on ne s'y trompe pas, ici, la télévision et la radio ont une grande influence, ce qui passe sur "TV5 internationnal" est l'image de l'Europe. Donc ce n'est pas toujours une image vraie au départ qui est copiée et en plus ce n'est pas le meilleur qui est copié.
Le natel, par exemple, est un accessoire indispensable, y compris pour ceux qui peinent à trouver à manger, on trouve des cartes de recharges à tous les coins de rues, les opérateurs font du forcing pour que les gens utilisent (actions minutes gratuites et autres)... A l'inverse, les motos et scooter sont très fréquents, mais le casque, lui, est presque inexistant. C'est cher, ça donne chaud et ça abime les coiffures, à quoi bon? Le gouvernement a essayé de copier en obligeant le port du casque, mais les gens ne veulent pas. La prise de conscience des accidents est différente.
Du côté du système scolaire, difficile de dire si c'est une copie ou une importation. Je pense que les français ont d'abord imposé leur système lors de la colonisation (importation) et que maintenant, il n'y pas de raison de changer. D'autant qu'il manque des enseignants et que les conditions sont difficiles, donc on "copie" au mieux. Pourtant, même si on retrouve les mêmes dénominations qu'en France (CP, CE, CM, puis 6ème jusqu'au bac) et un programme assez semblable, il y a de grandes différences au niveau de l'application. Déjà au niveau de l'entrée à l'école, normalement vers 6 ans au CP1, mais ici il n'y a pas de réelle vérification, certains enfants démarrent déjà à 4 ans, et on m'a parlé d'une élève, actuellement en CM1, qui a démarré le CP1 à 9 ou 10 ans (car auparavant, elle était au village, un endroit sans école). Il y a donc une différence de plus de 5 ans entre les plus jeunes et plus âgés d'une même classe, avant même de parler de redoublement. Et bien sûr, cela dans une classe de 90 élèves, comment appliquer la différenciation?
Le résultat est que les enseignants ne peuvent pas vraiment se préoccuper de tous les élèves et que beaucoup sont largués en route, advienne que pourra... C'est déjà bien si l'enfant a pu aller à l'école, non?
Et dans tout ça, les enseignants peinent à "copier" l'Europe en matière de discipline, il est toujours permis de frapper les élèves, et les enseignants pensent qu'avec les conditions d'ici (notamment taille des classes), on ne peut pas faire autrement. Comment faire comprendre qu'un enfant a besoin d'un climat serein pour apprendre?
Finissons sur une note plus joyeuse, au rang de l'imitation, ici aussi, on fête la Saint-Valentin! Et j'aime à penser qu'ici, avec peu de moyen, la fête est moins commerciale et plus amoureuse...