Donner et recevoir
par Aline Schneider, mardi 19 février 2008 à 18:58 :: General :: #34 :: rss
L'Abbé Pierre a écrit: "Je ne suis pas venu vous demander de l'argent, mais beaucoup plus! Gardez cet argent qui pourrit tout, partout... Tant qu'il n'est pas précédé du don de vous-même, de votre présence parmi ceux qui souffrent, il est inutile. Il gâche au lieu de sauver." (Parole de Fraternité, ed. Albin Michel)
Ces phrases peuvent assez bien résumer la raison de ma présence ici, à Ouagadougou. Ne pas juste donner un peu d'argent pour avoir bonne consicence, mais donner son temps, son énergie, parmi ceux qui en ont besoin. Ne pas rester à distance, mais être parmi ces gens.
Mais je me rends compte que donner, ici, ce n'est pas si simple. Car si l'on donne un doigt, on nous demande le bras. J'essaie de rendre service chaque fois que je peux. On me demande souvent des conseils informatiques, par-ci par-là. Quand je peux, je réponds, j'aide. Mais je ne peux pas toujours faire des miracles... Je ne peux pas remplacer le matériel défaillant, trop vieux ou mal entretenu par eux. Et je ne veux pas non plus tout faire à leur place, ils doivent aussi prendre soin du matériel qui leur a été donné.
J'essaie d'expliquer que le matériel qui arrive dans les containers ici, le matériel qui leur est envoyé, c'est du travail, ce n'est pas "gratuit". Que les ONG en suisse se démènent pour trouver des ordinateurs, des bancs, des chaises, etc. pour les envoyer ici. Des fois, c'est triste de voir comment sont traités ce qui est envoyé, comme si c'était normal de le recevoir, comme si c'était un du et que ça n'a rien coûté... Pourtant tout le travail de récolte et d'envoi, même si c'est des objets que nous ne voulons plus, est important.
Et ces paroles de l'Abbé Pierre me vienne, et je me dis que même lorsqu'on envoie pas d'argent, mais des objets... il n'y a pas la gratitude de recevoir. Je ne demande pas qu'on remercie tous les bénévoles, mais juste qu'on ait conscience de ce travail et qu'on en prenne soin. C'est ce que j'essaie de leur dire, quand on donne, ce n'est jamais gratuit, et il faut donc avoir l'intelligence de recevoir ce don comme un don et non comme un du.
Ce midi, j'ai rencontré la soeur d'un enseignant, qui revient d'un voyage en Suisse. Son mari y est resté, dans l'espoir de trouver du travail et un permis de séjour. Pour elle, la Suisse est un pays merveilleux où les frigos sont pleins ou tout est propre, beau. Elle espère pouvoir rejoindre son mari au printemps ou début de l'été, quand il aura son permis.
Comment lui expliquer la différence entre les vacances et la réalité de la vie en Suisse? Comment briser ce mythe d'Eldorado qu'elle répand autour d'elle? Elle était chez des amis en Suisse, elle n'a pratiquement rien payé, on lui a tout offert. Comment lui expliquer que si elle vit en Suisse, on ne va pas continuellement payer pour elle, que ce sera à elle de remplir le frigo? Comment lui expliquer qu'obtenir un permis de séjour, ce n'est pas si facile? Elle prie Dieu pour qu'il fasse selon sa volonté (et donc qu'elle puisse venir en Suisse). J'ai envie de prier pour que son mari revienne ici, près de sa femme. Car je suis convaincue qu'ils seront plus utiles pour leur pays ici, qu'en Suisse.
Difficile d'expliquer que la Suisse, c'est pas aussi beau et joli, qu'il y a aussi des problèmes (mais comment leur expliquer les problèmes de chomage, d'assurance maladie en hausse, de délinquance des jeunes, d'obésité, etc.). Vu d'ici, tout le monde mange à sa faim, même les SDF peuvent avoir des soupes populaires, c'est donc le paradis! Mais plutôt que de fuir la réalité d'ici, qui, il est vrai, est difficile (voir très difficile pour certains), j'essaie de les encourager à se mobiliser pour changer les choses ici. Pour que le Burkina devienne aussi un pays où il fait bon vivre et où l'on a envie de rester. Car on peut changer les choses, on peut améliorer la vie des gens, essayer de diminuer les inégalités sociales, améliorer la santé. Beaucoup d'améliorations ses dernières années et les Burkinabè le reconnaisse, mais il y a encore tellement à faire.
Commentaires
1. Le jeudi 21 février 2008 à 14:39, par tomek
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