Faire confiance à quelqu'un, ce n'est pas toujours évident. En général, on a besoin de connaître la personne suffisament pour lui faire confiance. On ne va pas faire confiance au premier venu.
Pourtant, lorsqu'on travaille à plusieurs, on doit faire confiance à ses collègues. Sinon, on ne peut pas avancer. Si je vérifie systématiquement tout ce que l'autre à fait, je ne vais pas avoir le temps de faire mon propre travail.
Quand je dirige une équipe, je dois donc faire confiance à mon équipe. Mais la confiance, ce n'est pas une confiance aveugle, qui ne vérifie rien, qui laisse tout faire n'importe comment. Il faut se donner les moyens de faire confiance, se donner les gardes-fous pour éviter que la confiance ne se transforme en "laisser-faire". Il faut avoir des moyens de contrôle adéquats.
Pour une ONG, il est important qu'elle fasse confiance à des gens sur le terrain, pour mener à bien les projets. Mais il est aussi important de vérifier que l'aide apportée est adéquate et juste. Et cette vérification n'est pas forcément évidente, car lorsque l'on vient juste quelques jours sur place, on ne peut pas toujours voir la réalité. Il est tellement facile de balayer la cour juste avant l'arrivée du Nassara (le blanc en langue moré) pour que ça paraisse propre. C'est ce qui s'est passé jeudi. Ma salle d'informatique a été nettoyée de fond en comble (même les vitres ont eu droit au produit et au chiffon), car un représentant est venu voir l'école. Il n'est même pas venu dans la salle d'informatique, mais, on ne sait jamais, il faut que ça paraisse bien.
Comment vérifier que l'argent et le matériel envoyé est bien utilisé à ce pour quoi il a été destiné? Qu'il n'y a pas de gaspillage inutile? Qu'il n'y a pas de personne qui s'en mette plein les poches au détriment des autres?
Pour l'argent, on peut penser qu'il suffit de regarder les comptes et de vérifier toutes les pièces comptables pour voir où l'argent est parti. Et pour le matériel, suffit de compter ce qui est là.
Sauf que, il y a l'usure, et l'usure d'un ballon de foot sur un terrain ici (fait de sable et de cailloux), n'est pas la même usure qu'une ballon sur un terrain en herbe. Pareil pour les ordinateurs qui ont des conditions plus difficiles ici, avec toute la poussière.
Alors comment savoir ce qui est de l'usure normale ou ce qui ne l'est pas. Un ordinateur, même s'il ne fonctionne pas, est gardé préciseusement pour dire "on ne l'a pas utilisé à autre chose". Et on restreint l'utilisation des choses, car si l'ordinateur n'est pas utilisé, il s'use moins (pareil pour le ballon de foot).
Cette logique conduit à stocker du matériel, sans l'utiliser, car si on l'utilise, il va s'abimer ou disparaître et le Nassara ne sera pas content quand il va venir. Dans une salle de l'école, il y a des piles de cartons de livres, qui prennent la poussière. Ils attendent d'être utilisés, mais pour ça il faut l'accord du président, qui n'a pas le temps de venir les compter pour s'assurer qu'il n'y en a pas qui vont disparaître en cours de route, car il ne fait pas confiance à ceux qui vont trier.
On retrouve le problème de confiance, qui amène de nombreux jeunes à se démotiver, car ils ont des projets, ils ont des envies, mais si on ne leur fait pas confiance et si on ne leur donne pas quelques moyens, cela reste des projets, qui petit à petit s'estompent. Et finalement, on fait son travail, sans motivation, car il faut bien se nourrir...
Faire confiance, ce n'est pas facile, il faut trouver le juste équilibre pour que des projets puissent voir le jour. Il y aura toujours de l'argent qui n'ira pas au bon endroit, qui se perdra dans une poche, mais en voulant trop contrôler, on peut aussi avoir l'effet inverse et perdre de l'argent, car les gens qu'on engage ne sont plus productifs. Lorsqu'un assistant passe ses journées à lire et à surfer sur Internet parce que son patron ne lui a rien donné à faire, n'est-ce pas de l'argent gaché?