Ce matin, le courant a été coupé à 8h10, et jusqu'à midi.
Après avoir attendu un petit moment, j'ai du dire aux enfants de rentrer, que l'informatique, ce serait pour la prochaine fois...
Du coup, je suis allée suivre la conférence organisée pour les maîtres, qui avait pour thème "Réforme du système éducatif du Burkina".
C'était très intéressant, surtout de le mettre en regard avec les réformes en suisse-romande. Je vous en donne quelques points.
Le problème du système éducatif du Burkina est tout d'abord qu'il est élitiste (classement, sélection) et que, malgré un taux de scolarité en hausse (actuellement env 70% au primaire), il y a toujours un fort taux d'analphabétisme, car beaucoup d'enfants scolarisés ne suivent pas. D'autre part, il y a un grand problème au niveau des infrastructures et des enseignants disponibles, surtout au niveau du secondaire, ce qui crée une "goulet d'étranglement" à ce niveau et beaucoup d'enfant ne peuvent pas continuer leur cursus scolaire par faute de place.
Le but de la réforme, c'est que les enfants deviennent de bons citoyens, capable de se prendre en charge et fier de leur identité culturelle. Pour cela, on va passer d'une approche par objectifs à une approche par compétences. En gros, la même chose que chez nous.
Toutefois, l'accent sur l'identité culturelle est intéressante et reflète bien la difficulté des gens ici, entre modernisme (copier l'Europe) et tradition. En lien à cela, il est prévu d'introduire le bi-linguisme (français + une langue nationale) dans toutes les écoles. Ce qui est, à mon avis, une très bonne chose pour conserver vivantes les traditions. En Suisse, on est plutôt en train de faire le contraire, supprimer l'apprentissage d'une 2ème langue nationnale...
Au niveau pratique, il est prévu de restructurer le système éducatif, notamment en faisant des liens entre les ordres d'enseignement, car actuellement, il n'y a pas de continuité entre le primaire, le secondaire et le supérieur, ainsi que l'enseignement technique. L'idée est de voir le système éducatif dans sa globalité. C'est bizarre, j'ai déjà entendu ça quelque part.
Il est prévu d'opérationnaliser l'obligation scolaire de 6 à 16 ans (que vraiment tous les enfants aient à l'école). Objectif louable, mais apparament, les moyens pour construire les écoles ne sont pas dans le kit.
L'accent est également mis sur la scolarisation des handicapés et le développement de l'éducation non-formelle pour permettre aux enfants "pas scolaires" d'apprendre au moins un métier et de ne pas être laissé à la rue. Là encore, c'est très beau, mais où sont les moyens?
Bref, beaucoup de beaux projets, mais j'ai senti les enseignants sceptiques.
De même face au texte de loi nouvellement adopté qui "interdit toute violence à l'école" (entre enfants, entre enseignants et entre enseignants et élèves) et qui prévoit la mise en place d'évaluations périodiques des enseignants. Les enseignants ne voient pas comment faire respecter la discipline dans une classe de 100 ou plus élèves sans user de la "chicotte". Côté évaluation, ils ont peur d'être évalué sur les résultats des élèves, car vu les effectifs de certaines classes et les conditions de travail, même un bon enseignant peut avoir de maigres résultats. La conférencière a assuré que ce ne serait pas là-dessus, espérons.
Encore quelques perles de l'exposé:
"Il faut optimiser les classes, si on a que 15 ou 20 élèves, c'est trop peu par rapport à l'espace à disposition, il faut faire des classes multigrades" (entendre au moins 50 élèves de 2 degrés différents, voir plus)
Et plus loin: "Il faut réduire les effectifs des classes" (Il faut entendre par la ne plus avoir des classes de 200 élèves, mais réduire à 80-100)
"Il faut améliorer les conditions des enseignants et valoriser la profession" (exemple: l'inspectrice rencontre un enseignant en brousse qui revient du bois, quand elle lui demande d'où il vient, il explique honteusement que le village n'a pas de latrines.)
Bref, ici aussi, il y a des réformes, mais je me demande à quel point elles sont applicables et si elles vont réellement permettre une amélioration du système scolaire. Ce qui est sûr, c'est qu'il faut construire des écoles et former des enseignants pour répondre à la demande qui ne cesse d'augmenter en lien avec la croissance démographique galopante.